Reims, quatre fois au patrimoine mondial

La ville compte pas moins de quatre sites et monuments inscrits sur la Liste du patrimoine mondial par l’Unesco ! A la cathédrale de Reims, à l’ancienne abbaye Saint-Remi et au palais du Tau sont venues s’ajouter six caves de champagne abritées par une colline, formant un ensemble inscrit en 2015.

La cathédrale de Reims

Une façade parfaite

Interview : Patrick Demouy
Professeur d’histoire du Moyen Age à l’université de Reims Champagne-Ardenne

  • En quoi la cathédrale de Reims est-elle un monument remarquable ?

« C’est un monument remarquable par son unité et par la conception de sa façade, qui forme comme un trait d’union entre la Terre et le Ciel. Cette façade est l’aboutissement des recherches de l’architecture gothique par son équilibre, son élan, sa puissance et sa légèreté. J’oserai dire que c’est la façade la plus réussie grâce à ses proportions, à la qualité de son décor et à la délicatesse de sa statuaire. C’est un véritable arc de triomphe. La cathédrale idéale dessinée par Viollet-le-Duc ressemble d’ailleurs beaucoup à celle de Reims. »

  • Peut-on dire que la cathédrale de Reims est plus belle que celle de Paris ?

« Notre-Dame de Reims est en tout cas plus haute et plus grande que Notre-Dame de Paris. Cela s’explique par le fait que la cathédrale de Reims a été construite un demi-siècle plus tard, et aussi par l’émulation qui existait entre les évêques et entre les bâtisseurs. Les cathédrales étaient le laboratoire de l’art de l’époque. Reims a par ailleurs quelque chose d’unique : le revers de sa façade est entièrement orné de sculptures en haut-relief. C’est la dernière image que conserve le monarque de la cathédrale après son couronnement. »

  • Notre-Dame de Reims est en effet intimement liée à l’histoire de France.

« La cathédrale résume quinze siècles d’histoire depuis le baptême de Clovis, fondateur du Royaume des Francs. C’est en mémoire de cet événement que 33 rois vont venir se faire couronner à Reims, dont 25 dans l’édifice actuel, à commencer par Louis le Pieux en 816, fils de Charlemagne, dont le prénom a la même étymologie que Clovis. Le 8 octobre 2016, Reims commémorera ce premier sacre à travers un colloque et un concert de chants sacrés datant de la période carolingienne. On peut imaginer que d’autres cérémonies seront organisées en mémoire des sacres suivants. »

Un trésor au palais du Tau

Ancienne résidence des archevêques de Reims, aujourd’hui transformée en musée, le palais du Tau renferme le trésor de la cathédrale Notre-Dame de Reims à laquelle il est accolé. Ce trésor expose des pièces uniques provenant des différents sacres qui se sont déroulés dans l’édifice religieux, dont le magnifique manteau du dernier sacre, celui de Charles X. Il comprend aussi le talisman de Charlemagne (un bijou) et le calice de saint Remi. Le reliquaire de la Sainte Ampoule renfermerait l’huile avec laquelle on bénissait le nouveau roi lors de son couronnement. Le palais du Tau présente d’autres merveilles, telles ces immenses tapisseries datant des XVe et XVIIe siècles ou encore ces sculptures monumentales provenant de la cathédrale. Parmi celles-ci, un Goliath de 5,40 mètres de haut, ce qui en fait la sculpture la plus colossale des 2 300 que compte le monument.
Le palais du Tau tire son nom de la forme en T (tau en grec) qu’avait autrefois la salle du Festin, là où se déroulait le banquet d’après-sacre. Il est inscrit au patrimoine mondial depuis 1991, en même temps que la cathédrale.

Saint-Remi

Une nef impressionnante

L’ancienne abbaye Saint-Remi est aujourd’hui constituée de deux monuments : une basilique et un musée. De style roman, cette basilique longue de 126 mètres impressionne par sa profondeur et par le sentiment d’intimité qu’elle inspire. Construite au XIe siècle, elle abrite le tombeau de saint Remi, l’évêque qui baptisa Clovis, ce roi franc converti au christianisme. Un acte fondateur de la nation française et du régime monarchique de droit divin selon les historiens.
Le musée Saint-Remi est installé à côté de la basilique dans les bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècles de l’ancienne abbaye. Il abrite quatre sections retraçant l’histoire de Reims de la préhistoire aux deux guerres mondiales : époque gallo-romaine, histoire de l’abbaye, histoire militaire et archéologie régionale. L’ancienne abbaye a été inscrite au patrimoine mondial en 1991.

Saint-Nicaise

La cathédrale souterraine

Après 1991 et la triple inscription sur la Liste du patrimoine mondial de la cathédrale, du palais archiépiscopal et de l’ancienne abbaye Saint-Remi, 2015 marque la consécration par l’Unesco d’un quatrième site rémois : la colline Saint-Nicaise.
Il s’agit d’anciennes carrières de craie exploitées à l’époque médiévale et reconverties en caves de champagne. Les sous-sols conservent à l’abri de la lumière et à température constante (10°) la production de six grandes maisons de champagne : Charles-Heidsieck, Ruinart, Pommery, Veuve Clicquot, Martel et Taittinger.
La maison de champagne Veuve Clicquot jouit à elle seule de 24 km de galeries, tandis que la maison de champagne Ruinart dispose des crayères les plus hautes, culminant jusqu’à 50 m !
Mais au-dessus de ces véritables cathédrales souterraines, il y a aussi de la vie à la surface de la colline Saint-Nicaise : on y rencontre le patrimoine bâti des maisons de champagne, ainsi que des vignes, une église (Saint-Nicaise), une cité-jardin (le Chemin-Vert) et un immense parc public (le Parc de Champagne).
C’est enfin le seul endroit de Reims où subsistent des vestiges de l’ancien rempart médiéval.

Voir l'ensemble Coteaux, Maisons et Caves de Champagne au patrimoine mondial de l’UNESCO