Émerveillement en sous-sol

Cathédrale de Reims, vignobles ensoleillés, architecture Art Déco… la cité des sacres regorge de richesses à hauteur d’yeux mais en dévoile encore bien plus dès lors que l’on creuse un peu… Plongée dans les entrailles d’une ville décidément pas comme les autres, à la seule lueur d’une bougie…

Situés au coeur de la Champagne crayeuse, les sous-sols rémois ont été exploités dès l’Antiquité pour leur craie, matériau de construction à portée de main et offrant de multiples avantages. La butte Saint-Nicaise notamment, au sud de la ville, est ainsi parsemée de nombreuses crayères gallo-romaines reliées entre elles par des galeries, dont la reconversion en caves pour le vieillissement du champagne fut initiée par Nicolas Ruinart au milieu du XVIIIème siècle, faisant ainsi la renommée de la colline. Car si le champagne est le compagnon idéal de toutes les célébrations, brillant régulièrement sous les feux des projecteurs, ce vin de prestige nécessite pourtant calme, pénombre et humidité pour révéler ses qualités intrinsèques.

Nicolas Ruinart fut ainsi le premier négociant en vin à comprendre l’intérêt de ces caves souterraines humides et à température stable d’une dizaine de degrés dans le processus d’élaboration du vin effervescent qui fait alors fureur dans les hautes sphères de la société. Il décide donc de s’installer sur la butte Saint-Nicaise dès 1769, impulsant ainsi l’implantation de très nombreuses Maisons de Champagne, toutes plus prestigieuses les unes que les autres. Aujourd’hui, ce ne sont donc pas moins de 200 km de caves et crayères qui s’étalent sous nos pieds, protégeant des millions de bouteilles de Champagne en cours d’élaboration par -20 à -40 mètres sous terre.

 

Une véritable vie souterraine

La Champagne est l’une des régions françaises ayant le plus subi les affres des guerres successives qui ont secoué la fin du second millénaire. Et c’est en 14-18 qu’elle a vécu les moments les plus sombres de son histoire : bombardée pendant près de quatre années par l’armée allemande, la ville de Reims a été détruite à plus de 80%.

La population, quant à elle, a trouvé refuge sous terre, dans ces fameuses galeries souterraines rémoises ou sparnaciennes, où sommeillaient paisiblement des millions de belles endormies. Ecole, hôpital, quartier général… c’est une véritable vie souterraine qui s’organisait ici.

En déambulant dans ces longs couloirs obscurs, il n’est pas rare de trouver encore des traces de ces temps difficiles : une inscription « abri » avec une croix rouge et une flèche, une rosace répertoriant les batailles napoléoniennes, une tête de veau portant le casque à pointe de l’ennemi, ou même le nom d’un prisonnier américain gravé dans une geôle improvisée par les nazis. Bien cachées sous nos pieds, ces caves recèlent de véritables trésors et nous livrent encore aujourd’hui d’émouvants témoignages du passé, à jamais gravés dans la pierre…