Jardin du rocher.JPG

Patrimoine et Poésie - Circuit audioguidé

Balade audioguidée ,  Culturel ,  Insolite ,  Pédestre à Troyes
Aller simple
  • Redécouvrir la ville de Troyes par le biais de la poésie, voilà ce que propose cet itinéraires « patrimoine et poésie »

  • Cet itinéraire, audioguidé, vous présente certains monuments majeurs du centre-ville historique de Troyes. Il est construit autour d’ambiances sonores de la ville, des cloches de l’église Saint-Nicolas à l’arrivée du train à l’espace Argence, en passant par l’animation de la rue Emile Zola par exemple. Vous pourrez ainsi vous plonger dans ces ambiances multiples de la ville, et vous laissez bercer par la lecture des textes. Des voix, toutes différentes, vous feront entendre la poésie, mais...
    Cet itinéraire, audioguidé, vous présente certains monuments majeurs du centre-ville historique de Troyes. Il est construit autour d’ambiances sonores de la ville, des cloches de l’église Saint-Nicolas à l’arrivée du train à l’espace Argence, en passant par l’animation de la rue Emile Zola par exemple. Vous pourrez ainsi vous plonger dans ces ambiances multiples de la ville, et vous laissez bercer par la lecture des textes. Des voix, toutes différentes, vous feront entendre la poésie, mais elles vous raconteront aussi le patrimoine. Car la poésie et le patrimoine ne sont pas uniquement réservés à une élite, ces itinéraires ouvrent la porte pour découvrir les trésors que l’on côtoie tous les jours sans forcément s’en rendre compte...
Points d'intérêt
1 Eglise Saint-Nicolas
« Complainte des cloches », Jules Laforgue


Troyes est une ville au patrimoine très riche. Qu’il s’agisse du patrimoine bâti ou de l’artisanat, la ville rayonne par la beauté de ses monuments et l’importance de l’histoire qui s’en dégage. Une grande poésie se dégage de ces monuments, et il est souvent possible de mettre en écho des textes de la littérature française avec ce patrimoine. Grâce à cette balade audioguidée, vous allez pouvoir découvrir ou redécouvrir le patrimoine troyen en écoutant différentes voix vous raconter le patrimoine et lire les poèmes.



Bin bam, bin bam,
Les cloches, les cloches,
Chansons en l'air, pauvres reproches !
Bin bam, bin bam,
Les cloches en Brabant !

Petits et gros, clochers en fête,
De l'hôpital à l'Évêché,
Dans ce bon ciel endimanché,
Se carillonnent, et s'entêtent,
À tue-tête ! à tue-tête !

Bons vitraux, saignez impuissants
Aux allégresses hosannahlles
Des orgues lâchant leurs pédales,
Les tuyaux bouchés par l'encens !
Car il descend ! Il descend !

Voici les lentes oriflammes
Où flottent la vierge et les saints !
Les cloches, leur battant des mains,
S'étourdissent en jeunes gammes
Hymniclames ! Hymniclames !

Va, globe aux studieux pourchas,
Où Dieu à peine encor s'épèle!
Bondis, Jérusalem nouvelle,
Vers les nuits grosses de rachats,
Où les lys ne filent pas !

Edens mûrs, Unique Bohême !
Nous, les beaux anges effrénés ;
Elles, les regards incarnés,
Pouvant nous chanter, sans blasphème :
Que je t'aime ! Pour moi-même !

Oui, les cloches viennent de loin !
Oui, oui, l'idéal les fit fondre
Pour rendre les gens hypocondres,
Vêtus de noir, tendant le poing
Vers un Témoin ! Un Témoin !

Ah ! Coeur-battant, cogne à tue-tête
Vers ce ciel niais endimanché !
Calme, à jaillir de ton clocher,
Et nous retombe à jamais BETE.
Quelle fête ! Quelle fête !

Bin bam, bin bam,
Les cloches ! Les cloches !
Chansons en l'air, pauvres reproches !
Bin bam, bin bam,
Les cloches en Brabant !



Les églises ont une place particulière dans le patrimoine bâti troyen. L’église Saint-Nicolas, tout en bas du « bouchon de champagne » que dessine le centre-ville historique de la ville, est un bon point de départ pour avoir un aperçu global du patrimoine de la ville. Au XIIe siècle, une chapelle, dédiée à Saint-Nicolas est édifiée dans cette partie de la ville. En 1524, la ville est marquée par un violent incendie qui emporte avec lui une grande partie des habitations et des constructions. La chapelle n’échappe pas aux flammes.
Une église en pierre est alors construite grâce aux dons des marchands. L’édification du bâtiment débute simultanément sur le haut et sur le bas de l’église. L’église est achevée en 1590, lorsque les deux chantiers se réunissent. Les fondations de l’édifice sont de style gothique. Les élévations adoptent davantage un style renaissance, plus décoratif, notamment avec de grandes baies vitrées et des vitraux colorés. Les décors intérieurs sont d’ailleurs remarquables. Outre les vitraux, vous pourrez admirer une statue représentant le Christ, plié sous le fardeau que représente la Croix. Un artiste anonyme a également réalisé une reproduction du Sépulcre, le tombeau du Christ de Jérusalem.
Les différents portails sont aussi somptueux et richement décorés. N’hésitez pas à faire le tour de l’église pour admirer tous les détails qui composent ce décor. L’église ayant été construite contre les murs d’enceinte de l’ancienne cité, le portail situé à l’ouest est bâti en 1840, lorsque les murailles sont détruites.
Devant l’église se trouve la bourse du travail, ainsi que la place Jean-Jaurès. Témoignage d’une autre époque, l’époque industrielle, cette place marque l’entrée de la rue Emile Zola, rue commerçante datant du Moyen-Âge. L’activité de la rue est encore très intense aujourd’hui, et vous pourrez admirer les maisons à pans de bois.
Avant de partir pour la suite de la visite, si vous vous trouvez près de l’église chaque heure, vous pourrez entendre les cloches sonner joyeusement. Tout le quartier profite de cette horloge collective, qui s’active encore davantage à 18h.
2 Rue Emile Zola

Eustache Deschamp


Noble cité, ville très amoureuse,
Je te dis adieu jusqu’à mon retour.
De la Champagne, tu es la comtesse très vertueuse,
Noble cité, ville très amoureuse.
Tu as pour nom Troyes, tu es gracieuse à tous,
Bon citoyens, Dames bien parées ;
Noble cité, ville très amoureuse,
Je te dis Adieu jusqu’à mon retour.


La rue Emile Zola est la rue la plus emblématique du centre-ville troyen. Autrefois nommée Rue Notre-Dame, puis Rue de l’épicerie, elle a connu les différentes évolutions de la ville jusqu’à aujourd’hui, tout en conservant son attractivité.
Cette rue est une longue rue, qui va de la place Jean-Jaurès jusqu’à la place de la Libération, où se trouve la préfecture. Tout au long de cette rue, vous pouvez admirer les maisons à pans de bois qui se succèdent. Ces maisons sont typiques des constructions du Moyen-Âge. En effet, alors que le centre-ville a accueilli jusqu’à 25 000 habitants, un gigantesque incendie s’est déclaré en 1524. Durant plusieurs jours, les habitations en bois ont brulé, causant de graves dommages. Il a alors fallu reloger les habitants et construire de nouvelles maisons. L’est de la France était une région couverte de forêts. La solution trouvée a été de faire venir du bois de ces forêts, afin de pouvoir bâtir des maisons à pans de bois. En effet, les pans de bois étaient construits sur le sol, avant d’être relevé et appliqués sur les façades des habitations. En plus de la structure en bois, les façades sont constituées de torchis, mélanges de paille et de terre séchée. Ce mélange forme un excellent isolant contre l’humidité et le froid. La rapidité de réalisation de ces maisons a permis de reconstruire le centre-ville détruit.
Les maisons ont été également été colorées. Au centre d’une campagne de restauration entre 2003 et 2004, les maisons de la rue Zola ont pu retrouver ces couleurs vertes, roses ou jaunes qui les rendent si caractéristiques et en ont fait un vrai symbole pour la ville.
Cette rue a autrefois porté le nom de rue de l’épicerie. Cela montre bien que l’activité commerciale est depuis longtemps au centre de l’animation de cette rue. En descendant la rue, vous pourrez admirer différents styles de constructions, du pan de bois à l’Art Nouveau. La grande maison située à l’angle de la rue du général Saussier est très utile pour observer l’architecture des maisons à pan de bois. La structure en bois apparaît très clairement, et l’on peut observer la taille des poutres en bois horizontales qui supportent la structure. Sur ces poutres dites « sablières », des poutres obliques, permettent de répartir le poids des étages sur les différents éléments de la structure. Il était ainsi possible de construire plusieurs niveaux d’habitations ou servant de stockages situés au rez-de-chaussée. Enfin, au tout dernier niveau, il n’est pas rare d’observer une « ferme d’avant-corps », avancement du toit sur la rue. Sous cet avancement du toit se trouvait généralement une poulie qui permettait aux commerçants de transporter plus facilement les marchandises jusqu’aux niveaux qui servaient de stockage.
La rue a toujours connu une grande activité, et il n’est pas rare de se retrouver au milieu de la foule en se promenant dans la rue. Pour autant, il est possible de trouver un coin plus calme, comme la place du marché au pain par exemple, d’où l’on peut admirer le patrimoine et les maisons à pans de bois.
3 Place du marché au pain
« Le chant de l’eau » Emile Verhaeren


L’entendez-vous, l’entendez-vous
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse
Et doucement dédie aux branches,
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse.
Là-bas,
Le petit bois de cornouillers
Où l’on disait que Mélusine
Jadis, sur un tapis de perles fines,
Au clair de lune, en blancs souliers,
Dansa ;
Le petit bois de cornouillers
Et tous ses hôtes familiers
Et les putois et les fouines
Et les souris et les mulots
Ecoutent
Loin des sentes et loin des routes
Le bruit de l’eau.

Aubes voilées,
Vous étendez en vain,
Dans les vallées,
Vos tissus blêmes,
La rivière,
Sous vos duvets épais, dès le prime matin,
Coule de pierre en pierre
Et murmure quand même.
Si quelquefois, pendant l’été,
Elle tarit sa volupté
D’être sonore et frémissante et fraîche,
C’est que le dur juillet
La hait
Et l’accable et l’assèche.
Mais néanmoins, oui, même alors
En ses anses, sous les broussailles
Elle tressaille
Et se ranime encor,
Quand la belle gardeuse d’oies
Lui livre ingénument la joie
Brusque et rouge de tout son corps.

Ainsi fait-elle encor
A l’entour de son corps
Même aux mois chauds
Chanter les flots.
Et ce n’est qu’en septembre
Que sous les branches d’or et d’ambre,
Sa nudité
Ne mire plus dans l’eau sa mobile clarté,
Mais c’est qu’alors sont revenues
Vers notre ciel les lourdes nues
Avec l’averse entre leurs plis
Et que déjà la brume
Du fond des prés et des taillis
S’exhume.

Pluie aux gouttes rondes et claires,
Bulles de joie et de lumière,
Le sinueux ruisseau gaiement vous fait accueil,
Car tout l’automne en deuil
Le jonche en vain de mousse et de feuilles tombées.
Son flot rechante au long des berges recourbées,
Parmi les prés, parmi les bois ;
Chaque caillou que le courant remue
Fait entendre sa voix menue
Comme autrefois ;
Et peut-être que Mélusine,
Quand la lune, à minuit, répand comme à foison
Sur les gazons
Ses perles fines,
S’éveille et lentement décroise ses pieds d’or,
Et, suivant que le flot anime sa cadence,
Danse encor
Et danse.


Entre la rue Zola et la rue Champeau, un coin de calme permet de s’éloigner un peu de l’agitation urbaine. Sur cette petite place, vous pourrez vous asseoir quelques minutes pour écouter l’écoulement discret de l’eau de la fontaine.
Mais cette place n’a pas toujours été aussi calme. C’est principalement ici que se tenaient les foires de Champagne aux XII et XIIIe siècles. Il reste d’ailleurs quelques traces de cette activité au pied de l’église, où se trouvent encore les « logettes », ces espaces abrités dans lesquels les marchands installaient leurs étals tout autour des bâtiments.La place a toujours eu une fonction liée au commerce. Les foires de Champagne se tenaient deux fois par an, et ont assuré la richesse et la puissance de la ville pendant près de deux siècles. Les marchands venaient de toute l’Europe pour écouler leurs marchandises. S’étalant à travers de nombreuses rues, les foires étaient les lieux de rencontre de nombreuses personnes. Troyes était un carrefour européen majeur. Les comtes de Champagne ont d’ailleurs dû réglementer les échanges qui ont eu lieu, et notamment imposer une monnaie unique, qui permettait que les échanges commerciaux aient lieu. En effet, la grande diversité des régions d’origine des marchands et des acheteurs faisait qu’il y avait à peu de choses près autant de monnaies différentes que de marchands. Les changeurs étaient alors très importants.
D’un point de vue architectural, l’église dédiée à Saint Jean montre ses influences multiples. Une première église avait été construite en bois, au IXe siècle. Mais les constructions en bois du Moyen-Âge n’ont pas vocation à devenir pérenne, et les incendies étaient fréquents. Au XIIe siècle, un incendie ravage une partie du centre-ville, et emporte l’église Saint Jean. Afin d’assurer un avenir meilleur à l’édifice, celui-ci est reconstruit en pierre, à partir du XIIIe siècle. En 1524, le grand incendie, dont les destructions influencent toute la reconstruction du centre-ville, touche et détériore malgré tout l’église, et notamment le chœur et le transept. Il ne faut pas hésiter à pénétrer dans l’édifice pour constater que son plan a également été influencé par ces reconstructions successives.
On y reconnaît alors l’influence gothique, avec les impressionnantes arches et les puissants contreforts. Ses dimensions sont également impressionnantes, et concurrenceraient presque celles de la cathédrale.
En 1911, l’écoulement du temps fait que le bâtiment s‘est abîmé, et le clocher s’effondre. Le portail sud-ouest, où se trouve l’actuelle entrée de l’église a été détruit à cause de cela. À l’intérieur, les vitraux sont aussi des éléments qui permettent de rattacher l’église au Beau XVIe siècle. L’église est une ode aux artistes troyens. Elle est ornée de tableaux peints par Pierre Mignard, peintre qui a notamment travaillé pour Louis XIV, à Versailles, ou encore François Girardon, qui a décoré le tabernacle de l’église. Certaines sculptures ont aussi été réalisées par le maître de Chaource, que l’on retrouve également dans l’église Sainte-Madeleine.
Située en plein cœur du centre-ville historique, et lieu majeur des foires de Champagne, la place du marché-au-pain est aujourd’hui devenue un lieu calme, prisé par les visiteurs qui apprécient l’ombre des arbres et l’ambiance isolée et secrète qui règne ici.
4 Halles
Arthur Rimbaud, Ville

Je suis un éphémère et point trop mécontent citoyen d'une métropole crue moderne parce que tout goût connu a été éludé dans les ameublements et l'extérieur des maisons aussi bien que dans le plan de la ville. Ici vous ne signaleriez les traces d'aucun monument de superstition. La morale et la langue sont réduites à leur plus simple expression, enfin ! Ces millions de gens qui n'ont pas besoin de se connaître amènent si pareillement l'éducation, le métier et la vieillesse, que ce cours de vie doit être plusieurs fois moins long que ce qu'une statistique folle trouve pour les peuples du continent. Aussi comme, de ma fenêtre, je vois des spectres nouveaux roulant à travers l'épaisse et éternelle fumée de charbon, - notre ombre des bois, notre nuit d'été ! – des Erinnyes nouvelles, devant mon cottage qui est ma patrie et tout mon cœur puisque tout ici ressemble à ceci, - la Mort sans pleurs, notre active fille et servante, et un Amour désespéré, et un joli Crime piaulant dans la boue de la rue.


Témoin de l’urbanisation galopante au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, Arthur Rimbaud transcrit cette modernité dans ses textes poétiques. Ville est un poème en prose dans lequel il projette ses sentiments face à la ville moderne. Celle-ci représente, pour le poète maudit, un endroit où se côtoient d’innombrables inconnus dans la grisaille morne, et qui prépare à Une saison en Enfer, un autre de ses recueils. La modernité s’incarne ici dans la forme nouvelle du poème, qui rejette les systèmes de rimes et la forme versifiée, et qui prend pour thème le quotidien, d’où est exclue toute espérance.
Mais la modernité ne s’incarne pas uniquement en littérature. L’architecture et l’urbanisation, l’organisation des villes, sont bouleversées au cours du XIXe siècle. Dans le texte, d’ailleurs, Rimbaud évoque « le plan de la ville ». La fin du XIXe siècle est effectivement synonyme d’une révolution dans ces aménagements. Entrant dans la période dite « hygiéniste », les villes détruisent les murailles médiévales et comblent les douves. La ville s’aère et ouvre des grandes artères passantes. C’est en 1877 qu’une grande avenue est ouverte pour relier la gare (alors située dans l’actuel espace Argence) et l’hôtel de ville.
Au long de cette avenue, l’architecte municipal Emile Bailly conçoit les Halles, inspirées de celle de Baltard tout juste construites à Paris, comme un lieu ouvert et lumineux, où le verre s’invite volontiers entre les dix-huit poutres d’acier. La charpente en bois permet également de donner une impression de légèreté au bâtiment. La triple volée de toits, agrémentée de verrière, apporte de la luminosité. Les briques qui constituent les quatre façades sont agencées de façon à reproduire le fameux « appareil champenois ». Les foires et marchés sont une longue tradition en Champagne, et plus précisément à Troyes. La ville s’est donc équipée de ce qui représentait la modernité architecturale pouvant accueillir ce type d’événement.
Par ailleurs, si le bâtiment reprend les codes des Halles à la Baltard de Paris, vous pourrez trouver à l’intérieur de quoi régaler tous vos sens. De l’ouïe au toucher, du goût à l’odorat, traverser les Halles ne vous laissera pas indifférent. Vous y trouverez tous les produits qui font la fierté gastronomique de la région.
5 Espace Argence
Le relais, Gérard de Nerval (Odelettes)


En voyage, on s’arrête, on descend de voiture ;
Puis entre deux maisons on passe à l’aventure,
Des chevaux, de la route et des fouets étourdi,
L’œil fatigué de voir et le corps engourdi.

Et voici tout à coup, silencieuse et verte,
Une vallée humide et de lilas couverte,
Un ruisseau qui murmure entre les peupliers, –
Et la route et le bruit sont bien vite oubliés !

On se couche dans l’herbe et l’on s’écoute vivre,
De l’odeur du foin vert à loisir on s’enivre,
Et sans penser à rien on regarde les cieux…
Hélas ! une voix crie : « En voiture, messieurs ! »




Vous vous trouvez désormais devant l’espace Argence, situé boulevard Gambetta. L’espace Argence est un lieu dont l’histoire est intéressante, par rapport aux grands changements d’urbanisation qui ont eu lieu au cours du XIXe siècle. D’une part, l’industrialisation passe par le développement des usines et l’usage bien plus important qu’avant du métal et du verre. La production des matériaux est regroupée dans des usines, et les ouvriers travaillent dur pour permettre le développement économique de la ville. Mais il est également important de souligner que l’industrialisation passe aussi par une accélération des échanges entre des lieux qui sont éloignés.
Le XIXe siècle voit en effet apparaitre le train, dont la fabrication des rails est confiée aux ouvriers. Alors que les déplacements se faisaient avec difficultés, dans des voitures tirées par des chevaux, le train à vapeur vient faciliter ces déplacements en réduisant considérablement le temps de voyage. Les progrès techniques qui ont permis de concevoir les trains vont bouleverser toute la conception des villes. Rapidement, chaque ville veut être reliée au réseau ferroviaire, qui permet d’une part, de faciliter le transport des voyageurs, mais qui permet également de transporter des marchandises et des produits d’industries. En 1848, Troyes s’équipe de sa première gare : elle est alors désignée sous le nom de « L’embarcadère ». Pendant plusieurs années, cette gare fonctionne à plein régime et le succès du train est u rendez-vous. Le bâtiment est pensé pour desservir au mieux le centre-ville de Troyes. Ainsi situé, une grande artère permettait ensuite de rejoindre directement la place de l’hôtel de ville, lieu central de la commune.
Le XIXe siècle voit l’ouverture de la ville. Les anciens remparts médiévaux tombent, et des villas sont construites par les patrons d’usines dans un style moderne. Mais l’urbanisation galopante entoure rapidement l’embarcadère. La population augmente, la fréquentation du train également, mais impossible d’agrandir la gare. En 1860, la gare est transférée là où elle se situe encore actuellement. Le bâtiment est conservé, mais transformé en lycée de garçons. Le lycée impérial, comme il se nomme, est un établissement prestigieux, qui reçoit les enfants de la bourgeoisie de la ville. Ceci durera jusqu’en 1979, où le lycée ferme définitivement ses portes. En attendant, le bâtiment est désormais devenu un centre culturel majeur de la ville, où se déroulent de nombreux événements en tous genres. Il est nommé d’après Prosper-Désirée Argence, qui fut maire de la ville entre 1859 et 1870.
La grande fontaine qui se situe devant l’espace porte également son nom. Elle a été édifiée grâce au leg qu’il a laissé à la ville à sa mort. Alors que son grand projet politique consistait dans la rénovation des quais et des puits, la fontaine qui porte son nom à longtemps fonctionné en circuit fermée, grâce à un système qu’Argence avait introduit dans les réseaux de la ville.
6 Jardin du rocher
À la musique, Arthur Rimbaud



À la musique, Arthur Rimbaud

Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

− L'orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
− Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
Les gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames
Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

Sur les bancs verts, des clubs d'épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent, et reprennent : "En somme !..."

Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
Savoure son onnaing d'où le tabac par brins
Déborde − vous savez, c'est de la contrebande ; −

Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes... –

Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.

J'ai bientôt déniché la bottine, le bas... –
Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas... –
Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres...


Le XIXe siècle connaît de grandes innovations urbanistiques. Les anciennes murailles tombent, et ainsi peuvent apparaître des coins de verdure, où flotte parfois une douce musique, idéale pour les promenades printanières.
Ainsi, les villes de la seconde moitié du XIXe siècle se révolutionnent. Leurs habitants assistent à ces bouleversements et adoptent rapidement les nouvelles morphologies urbaines. Rimbaud raconte dans ce poème les ambiances de promenades, où tout le beau monde vient profiter de l’écrin de verdure pour se balader, rencontrer d’autres personnes ou encore écouter de la musique. Les kiosques à musique fleurissent dans les jardins publics, au grand bonheur des promeneurs.
Celui du jardin au rocher est un très bel exemple de l’architecture bouleversée, aux influences multiples de cette fin de siècle. Bâti en 1889, ce kiosque est caractérisé par ses grandes dimensions et notamment ses 44m2 de surface. La toiture en forme de bulbe montre l’influence de l’architecture des pays de l’Est et de Proche-Orient, tandis que le reste de la bâtisse est réalisé dans une architecture qui utilise le métal, comme les Halles, ce qui était à la mode à cette période, à Paris notamment. La beauté de ce kiosque fait qu’il a été classé, en 1975. Ce kiosque s’intègre parfaitement dans l’atmosphère du jardin, véritable ouverture sur la nature au cœur de la ville. Sur le kiosque, vous pouvez apercevoir des panneaux peints portant l’inscription « Legs Brissonnet ». Il s’agit du nom du donateur qui a permis l’élévation de ce kiosque à la fin du XIXe siècle. D’autres panneaux indiquent qu’il est dédié aux compositeurs Massenet, Gounod, Boieldieu ainsi que Berlioz.
À l’autre extrémité du jardin, vous pouvez admirer la cascade, la grotte artificielle et le fameux rocher qui donne son nom au jardin. Rimbaud, comme d’autres auteurs, a pu montrer son vertige face à cette urbanisation galopante au cours du XIXe siècle. Afin d’éviter un trop grand malaise, ces jardins forment des espaces de verdures, permettant de respirer, loin de la fumée des usines tournants alors à plein régime. Si vous observez correctement, vous vous apercevrez que les bancs, ainsi que certaines souches d’arbres sont réalisés… en béton ! L’architecture veut disparaitre face à la nature, et se confond, avec un réalisme troublant, parmi les végétaux.
7 Eglise Sainte-Madeleine
« Le pont », Victor Hugo (Les Contemplations)

J’avais devant les yeux les ténèbres. L’abîme
Qui n’a pas de rivage et qui n’a pas de cime,
Était là, morne, immense ; et rien n’y remuait.
Je me sentais perdu dans l’infini muet.
Au fond, à travers l’ombre, impénétrable voile,
On apercevait Dieu comme une sombre étoile.
Je m’écriai : — Mon âme, ô mon âme ! il faudrait,
Pour traverser ce gouffre où nul bord n’apparaît,
Et pour qu’en cette nuit jusqu’à ton Dieu tu marches,
Bâtir un pont géant sur des millions d’arches.
Qui le pourra jamais ! Personne ! ô deuil ! effroi !
Pleure ! — Un fantôme blanc se dressa devant moi
Pendant que je jetai sur l’ombre un œil d’alarme,
Et ce fantôme avait la forme d’une larme ;
C’était un front de vierge avec des mains d’enfant ;
Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;
Ses mains en se joignant faisaient de la lumière.
Il me montra l’abîme où va toute poussière,
Si profond, que jamais un écho n’y répond ;
Et me dit : — Si tu veux je bâtirai le pont.
Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière.
— Quel est ton nom ? lui dis-je. Il me dit : — La prière


Si Troyes est la ville aux dix églises, Saint-Madeleine peut être considérée à plusieurs égards comme la rose de ce jardin.
Les premiers écrits mentionnant l’église Sainte-Madeleine remontent à la deuxième moitié du XIIe siècle, il s’agit de la plus ancienne de la ville. Cette église a longtemps été celle fréquentée par la noblesse de robe de la ville, elle a bénéficié de nombreux dons et payements de personnes souhaitant se faire enterrer dans ce lieu. Elle a ainsi bénéficié de fonds financiers importants pour de régulières rénovations et décorations, qui font de ce lieu un lieu exceptionnel. L’église se distingue également par sa tour, unique à Troyes pour une église, qui a commencé à être élevée à partir de 1532. Dans la nef et le transept, la structure des voûtes est faite en bois enduit, tandis que la pierre est préférée pour le reste de l’édifice.
Mais si l’extérieur du bâtiment est impressionnant, il faut oser pousser sa porte pour découvrir pleinement la beauté du lieu. Construit en pierre de Tonnerre, le jubé est sculpté avec plus de finesse que de la dentelle. À l’origine polychromé, le jubé séparait l’espace sacré de l’église qui était inaccessible aux fidèles. Les statues, enlevées à la Révolution, ont été remplacées au cours du XIXe siècle, et certaines sont encore visibles au musée de Vauluisant. L’église est construite sur trois niveaux. Les grandes arcades forment le premier niveau. Un triforium est également bâti au-dessus. Le triforium est un passage étroit qui sert à équilibrer l’architecture du bâtiment. Enfin, de grandes fenêtres achèvent la structure de l’église.
Vous pourrez également admirer une sculpture représentant Sainte-Marthe. Cette sculpture est attribuée au Maître de Chaource, car elle porte les caractéristiques de son art : les yeux sont sculptés en amande, l’attitude mélancolique, et elle a été réalisée au XVIe siècle.
Autre aspect exceptionnel de l’église : les vitraux magistraux réalisés pour le décor. Au centre, vous pouvez admirer un arbre de Jessé, qui retrace l’histoire du Christ. Réalisé par Jean 1er Macadré vers l’an 1500, ce vitrail est exceptionnel par ses couleurs chatoyantes et la finesse de sa composition. Les autres baies représentent l’histoire du salut, ainsi que la vie de Saint-Eloi. Ces vitraux sont exceptionnels dans la précision des événements racontés, ainsi que dans les couleurs qui sont utilisées. Les commanditaires des vitraux sont représentés, comme le veut la tradition.
Autour de l’église se trouve l’ancien cimetière, qui est aujourd’hui devenu le « jardin des innocents ». Après avoir passé le portail sur lequel l’initiale « F » et la salamandre souligne le passage de François 1er, vous pouvez découvrir ce lieu où les plantes, vertes et blanches, rappellent l’innocence des enfants inhumés ici. L’innocence blanche de ces enfants est également évoquée dans le poème de Marcelline Desbordes-Valmore, qui raconte ici son expérience du sacré.